Mon voisin, son IA et moi

Samedi soir, je chausse mes baskets pour aller faire une petite boucle avec Loopa Move, mon appli adorée. Rien de très extraordinaire. Quelques kilomètres autour de chez moi, histoire de prendre l’air, de marcher un peu et accessoirement de vérifier que mon application ne décide pas de m’envoyer traverser une haie.

Et puis, au détour du chemin, surprise.

Je tombe nez à nez avec un voisin que je n’avais pratiquement pas vu depuis trois ans.

Nous nous connaissions pourtant bien, très bien même puisque son fils m’a même choisi comme parrain. Puis, sans véritable explication, plus rien. Les années ont passé et chacun a continué sa petite vie de son côté.

Nous nous saluons brièvement et je lui glisse simplement que, quand même, ce n’était pas très cool de ne plus donner de nouvelles.

Pas d’agressivité. Pas de grande explication au milieu du trottoir. Juste cette petite phrase que j’avais probablement quelque part dans un coin de la tête depuis longtemps.

Il me répond alors qu’un jour, il m’expliquera.

Très bien.

Je m’imaginais naïvement que ce serait autour d’un café ou lors d’une prochaine rencontre. Bref, quelque chose d’assez classique entre deux êtres humains.

Eh bien non.

Le lendemain soir, mon téléphone bip.

Un long iMessage. Très long. Très construit.

Des phrases impeccables, un vocabulaire soigneusement choisi, une architecture presque parfaite. Tellement parfaite que quelque chose me saute immédiatement aux yeux : ce n’est pas lui qui écrit.

Ou, plus exactement, ce ne sont pas vraiment ses mots.

L’intelligence artificielle était passée par là.

Et là, j’avoue avoir trouvé la situation assez fascinante.

Pas parce qu’une personne utilise une IA pour l’aider à rédiger un texte. Ce serait assez gonflé de ma part de lui reprocher cela. J’utilise moi-même ces outils tous les jours et je serais bien mal placé pour jouer les vierges effarouchées du clavier. (la photo de cet article a été généré par mon IA préférée et payante…)

Mais il y a une différence entre se faire aider pour trouver une formulation et confier à une machine le soin d’exprimer ce que l’on ressent à quelqu’un que l’on connaît depuis de nombreuses années.

Car une IA peut arranger les phrases.

Elle peut choisir les bons adjectifs, adoucir une accusation, en renforcer une autre, mettre de l’ordre dans des pensées confuses et donner beaucoup d’assurance à celui qui appuie sur « envoyer ».

Mais elle n’a pas vécu l’histoire.

Elle n’était pas là.

Et surtout, elle ne porte aucune responsabilité dans les mots qu’elle assemble.

J’ai répondu très brièvement pour dire que je prendrais le temps de répondre à mon tour.

Quelques minutes plus tard, nouveau message.

Cette fois, changement radical de décor.

Plus de prose impeccable. Plus de construction millimétrée. Les mots étaient beaucoup plus spontanés, avec quelques fautes d’orthographe au passage. Et bizarrement, j’ai presque préféré celui-là.

Au moins, je reconnaissais la personne derrière l’écran.

Il m’indiquait qu’il ne souhaitait pas de réponse.

C’était évidemment un peu tard.

Trois quarts d’heure plus tard, je lui ai répondu.

Pas avec un texte généré par une machine. Pas avec une dissertation de vingt pages non plus. Simplement avec mes mots, parce que certaines affirmations étaient suffisamment graves et, à mes yeux, inexactes pour que je ne puisse pas les laisser sans réponse.

J’ai remis les faits à leur place, levé les ambiguïtés et dit ce que j’avais à dire.

Puis j’ai posé le téléphone.

Fin de l’histoire.

Enfin, probablement.

Cette petite aventure m’a surtout laissé une réflexion.

Nous sommes entrés dans une époque formidable où une intelligence artificielle peut nous aider à écrire, créer, programmer, traduire, réfléchir et parfois même mettre un peu d’ordre dans notre tête. J’en sais quelque chose.

Mais il reste peut-être quelques endroits où nos imperfections ont encore de la valeur.

Une conversation difficile en fait partie.

Une phrase maladroite, une hésitation, un mot pas tout à fait juste ou même une faute d’orthographe racontent parfois davantage sur quelqu’un qu’un paragraphe parfaitement calibré.

La technologie peut nous aider à trouver les mots.

Elle ne devrait peut-être pas toujours parler à notre place.

Quant à moi, ma petite boucle Loopa Move devait simplement me faire prendre l’air.

Pour le coup, j’ai fait un sacré détour.

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