J’ai acheté mon J. all en mai 2025. Ce qui m’avait séduit était justement ce qui le rendait un peu étrange.
Moustache était parti d’une feuille presque blanche pour créer la gamme J. Exactement comme moi, avec mes applis.
Son immense particularité était son cadre ouvert tout suspendu en aluminium moulé, particulièrement spectaculaire. Pas besoin de lever la jambe comme si l’on passait une audition pour le Crazy Horse : on monte dessus très naturellement.
Mais surtout, Moustache avait réussi quelque chose d’assez rare : associer cet enjambement très bas à une véritable suspension arrière.
Ajoutez une fourche de 120 mm, 100 mm de débattement à l’arrière et d’énormes pneus Schwalbe Johnny Watts de 2,60 pouces, et vous obtenez une sorte de canapé roulant.
Un canapé capable d’aller dans les chemins, tout de même.
Le J existait alors en trois versions : J. on, plutôt urbain, J. all, le polyvalent que j’ai choisi, et J. off, davantage tourné vers le tout-terrain.
Et ce vélo avait une autre particularité qui me plaisait beaucoup : son cadre était issu d’un procédé industriel particulièrement ambitieux, avec une importante partie de sa fabrication réalisée en France.
Forcément, tout cela avait un prix.
Plus de 5 000 euros pour commencer
Lors de son lancement en 2023, le J. all débutait aux alentours de 5 200 € et certaines configurations pouvaient largement dépasser les 6 000 €.
Nous étions clairement dans le haut de gamme.
Puis quelque chose s’est produit.
En 2025, Moustache a considérablement baissé le tarif d’entrée de la gamme J, jusqu’à environ 3 999 €.
Une baisse de plus de 1 000 € sur un vélo aussi récent ne passe pas totalement inaperçue.
Avec le recul, c’était peut-être déjà un indice.
Le marché du vélo électrique avait changé. Après les années d’euphorie, les fabricants se sont retrouvés avec des stocks importants et des consommateurs beaucoup plus prudents.
Et fabriquer un vélo aussi particulier que le J, avec son cadre spécifique et toute une gamme dédiée, devenait probablement difficile à défendre économiquement.
Moustache a donc fait quelque chose d’assez intelligent.
Plutôt que d’abandonner son idée, la marque l’a recyclée.
Le J est mort, vive le Xroad FS !
En découvrant la nouvelle gamme Xroad FS, j’ai eu une impression de déjà-vu.
Cadre ouvert.
Suspension intégrale.
Roues de 27,5 pouces.
Position confortable.
Polyvalence route et chemins.
Tiens donc…
Le nouveau Xroad FS reprend une bonne partie de la philosophie inaugurée par le J, mais l’intègre désormais dans la grande famille Xroad, beaucoup plus connue chez Moustache.
En quelque sorte, le J aura servi de laboratoire.
Et son descendant a déjà progressé.
Un Xroad FS 4 reçoit aujourd’hui le nouveau moteur Bosch Performance Line PX développant 90 Nm, contre 75 Nm pour mon J. all.
La suspension arrière passe de 100 à 115 mm.
Sa batterie de 600 Wh peut être complétée par un Bosch PowerMore de 250 Wh pour atteindre 850 Wh.
Sur le papier, le nouveau venu est donc plus performant.
Et surtout, il démarre autour de 4 300 €.
L’équation industrielle est probablement beaucoup plus facile à défendre.
Alors, dois-je regarder mon J. all avec tristesse ?
Pas du tout !
C’est même exactement l’inverse.
Je découvre finalement que j’ai acheté un vélo qui n’aura connu qu’une carrière relativement courte sous cette appellation.
Un drôle d’objet dans l’histoire de Moustache.
Un vélo avec lequel la marque française aura tenté quelque chose de différent, avant d’en reprendre les meilleures idées pour ses générations suivantes.
Et lorsque je compare aujourd’hui mon J. all au Xroad FS, je n’ai franchement aucune envie d’en changer.
Oui, le nouveau Bosch est plus puissant.
Oui, le Xroad possède davantage de débattement.
Oui, on peut lui greffer une énorme capacité de batterie. (Mais moi aussi finalement)
Mais mon J conserve ses gigantesques pneus de 2,60 pouces, son incroyable confort et surtout cette silhouette immédiatement reconnaissable.
Il est moins rationnel. Mais il a quelque chose en plus, une courroie en carbone et le système inventé par Léonard de Vinci pour passer les vitesses, c’est vraiment la grande classe. 
Et c’est précisément pour cela que je l’aime.
Finalement, j’avais peut-être choisi le bon
J’aime assez les objets qui tentent quelque chose.
Une voiture avec une ligne un peu étrange, un ordinateur qui inaugure une nouvelle idée, un meuble dont on reconnaît immédiatement le designer…
Ou un vélo qui décide qu’un cadre ouvert peut aussi devenir un véritable tout-suspendu.
Le Moustache J n’aura peut-être pas rencontré le succès commercial qu’espérait son constructeur.
Mais quelques années seulement après son apparition, une partie de son ADN se retrouve déjà dans les nouveaux vélos de la marque.
Ce n’est donc peut-être pas l’histoire d’un échec.
C’est plutôt celle d’une bonne idée arrivée sous une forme un peu trop ambitieuse, un peu trop chère, peut-être un peu trop tôt.
Et désormais, lorsque je sortirai mon J. all du garage, je pourrai me raconter que je possède presque un collector.
Presque, hein.
Parce qu’avant de l’installer sous une cloche au milieu du salon, je compte quand même continuer à lui mettre quelques kilomètres dans les roues. 😄 T’en penses quoi Nathan ?

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