Hier soir, juste avant le dîner, le ciel nous avait réservé un petit apéritif dont il a le secret.
À Vertou, pas besoin de billet, pas de réservation, pas même de se déplacer très loin. Il suffisait de lever les yeux. Avec quelques précautions tout de même, car regarder le Soleil sans protection reste une très mauvaise idée, même lorsqu’une bonne partie de celui-ci décide de disparaître derrière la Lune.
Et les lunettes, justement, c’est mon ami Franck qui me les a prêtées.
Nous voilà donc tous les deux, lunettes d’éclipse sur le nez, à observer ce drôle de Soleil auquel la Lune venait progressivement retirer un morceau. Une scène assez irréelle et, il faut bien le reconnaître, plutôt amusante quand on pense que trois astres gigantesques étaient en train de s’aligner pendant que nous attendions simplement l’heure du dîner.
12 août 2026, rendez-vous avec la Lune
L’éclipse du 12 août 2026 n’était pas un petit événement astronomique.
Il s’agissait bel et bien d’une éclipse totale de Soleil, dont la bande de totalité a traversé notamment le Groenland, l’Islande et l’Espagne. Une grande partie de l’Europe a cependant dû se contenter d’une éclipse partielle.
Et « se contenter » est peut-être un peu sévère.
Car même depuis la région nantaise, le spectacle était franchement beau. Le Soleil, déjà assez bas sur l’horizon, prenait progressivement cette forme étrange de croissant lumineux. Plus on allait vers le sud-ouest de la France et vers l’Espagne, plus la Lune venait le masquer. À Biarritz et Hendaye, l’occultation atteignait même environ 99 %.
En Espagne, évidemment, on jouait dans une autre catégorie.

Dans certaines régions situées sur la trajectoire de la totalité, le Soleil a complètement disparu derrière la Lune pendant quelques instants, laissant apparaître sa couronne. L’éclipse totale pouvait atteindre environ 2 minutes et 18 secondes dans les meilleures conditions.
Deux minutes. C’est court.
Mais j’imagine assez bien ces deux minutes pendant lesquelles la lumière change, la température semble soudain baisser et le paysage prend une allure presque irréelle. Des observateurs ont d’ailleurs rapporté ces changements d’ambiance, jusqu’au comportement des oiseaux qui se taisent lorsque l’obscurité arrive brutalement.
Finalement, le ciel sait très bien faire du spectacle vivant.
Mais comment une éclipse est-elle possible ?
Le principe paraît presque enfantin.
La Lune passe entre la Terre et le Soleil.
Voilà.
Sauf que l’histoire devient beaucoup plus fascinante lorsqu’on regarde les chiffres. Le Soleil possède un diamètre environ 400 fois supérieur à celui de la Lune, mais il se trouve également environ 400 fois plus loin de nous.
Résultat : vus depuis la Terre, le Soleil et la Lune ont presque exactement la même taille apparente.
Une coïncidence astronomique assez extraordinaire.
Lorsque l’alignement est parfait, la Lune masque entièrement le disque solaire : c’est l’éclipse totale.
Un peu à côté de cette trajectoire, on se trouve dans la pénombre de la Lune et seule une partie du Soleil disparaît : c’est l’éclipse partielle que nous avons observée à Vertou. La petite zone de l’ombre lunaire où le Soleil est entièrement caché s’appelle l’ombre, ou umbra. Autour d’elle s’étend une zone beaucoup plus vaste, la pénombre, où l’éclipse reste partielle.
Et voilà pourquoi quelques centaines de kilomètres peuvent transformer radicalement le spectacle.
De Vertou à Vienne
Ce matin, l’éclipse m’a offert une petite prolongation inattendue.
Mon ami Leon, qui vit à Vienne, en Autriche, m’a envoyé sa photo du phénomène observé depuis la capitale autrichienne.

J’aime beaucoup cette idée.
Hier soir, Franck et moi regardions la Lune passer devant le Soleil depuis Vertou. À quelque 1 300 kilomètres de là, Leon levait lui aussi les yeux vers exactement le même phénomène.
À Vienne, l’éclipse était également partielle : la NASA annonçait un maximum vers 20 h 10, avec environ 85 % du Soleil occulté.
Vertou, Vienne, l’Espagne, l’Islande…
Pendant quelques minutes, des millions de personnes ont finalement fait exactement la même chose : arrêter ce qu’elles étaient en train de faire et regarder le ciel.
À notre époque où chacun regarde volontiers son propre écran, réussir à faire lever la tête à une bonne partie de l’Europe relève presque de l’exploit.
Toutes les éclipses ne se ressemblent pas
Il existe en réalité plusieurs sortes d’éclipses solaires.
Une éclipse totale se produit lorsque la Lune masque complètement le Soleil.
Une éclipse partielle apparaît lorsque l’alignement n’est pas parfait depuis notre position et qu’une partie seulement du disque solaire est cachée.
Il existe aussi l’étonnante éclipse annulaire. La Lune se trouve alors un peu plus loin de la Terre sur son orbite et paraît légèrement trop petite pour masquer entièrement le Soleil. Il reste autour d’elle un magnifique anneau lumineux, souvent appelé « anneau de feu ».
Enfin, beaucoup plus rarement, certaines éclipses sont dites hybrides : elles peuvent apparaître totales depuis certaines régions de la Terre et annulaires depuis d’autres.
Tout est affaire de distances, de trajectoires et de géométrie.
Une mécanique céleste d’une précision assez vertigineuse.
Et pourquoi n’en voyons-nous pas tous les mois ?
Après tout, la Lune tourne autour de la Terre tous les mois. Elle devrait donc régulièrement passer devant le Soleil.
Eh bien non.
Son orbite est inclinée d’environ 5 degrés par rapport au plan dans lequel la Terre tourne autour du Soleil. La plupart du temps, lors de la nouvelle Lune, notre satellite passe donc légèrement au-dessus ou en dessous de l’alignement parfait.
Il faut attendre que la nouvelle Lune passe près de l’un des points où son orbite croise ce plan.
Et là, les trois acteurs se retrouvent au bon endroit au bon moment.
Soleil.
Lune.
Terre.
Rideau.
Une éclipse totale est d’ailleurs extrêmement rare lorsqu’on raisonne pour un endroit précis de la planète. Une étude publiée en 2026 estime qu’en moyenne, un lieu donné connaît une éclipse totale environ une fois tous les 373 ans. Les éclipses partielles sont évidemment beaucoup plus fréquentes.
Autrement dit, si une éclipse totale passe au-dessus de votre jardin, évitez de vous dire : « Je regarderai la prochaine. »
Des lunettes, toujours des lunettes
Un petit rappel indispensable après cette jolie soirée.
Observer une éclipse partielle à l’œil nu est dangereux. Même lorsque 80, 90 ou 95 % du Soleil sont cachés, la partie restante émet suffisamment de rayonnement pour provoquer de graves lésions de la rétine.
Il faut donc utiliser des lunettes spécialement conçues pour l’observation solaire, conformes aux normes appropriées. Et jumelles, téléobjectifs ou télescopes nécessitent leurs propres filtres solaires adaptés, mais quel crétin, suis-je, je regrette de ne pas m’être offert un filtre spécial pour mon 17 pro.
Merci donc à Franck pour les lunettes.
Sans lui, j’aurais probablement admiré l’éclipse sur les photos des autres. C’est tout de même moins amusant.
Quelques minutes qui nous remettent à notre place
Ce que j’aime dans ces phénomènes, ce n’est finalement pas seulement l’astronomie.
C’est ce qu’ils provoquent.
Pendant quelques minutes, on oublie les notifications, les informations, les rendez-vous, les petites contrariétés de la journée. On regarde un astre situé à 150 millions de kilomètres être progressivement masqué par un autre qui tourne autour de nous à quelque 384 000 kilomètres.
Et soudain, notre dîner paraît légèrement moins urgent.
Hier soir, j’étais à Vertou avec Franck.
Leon était à Vienne.
D’autres étaient sur une plage espagnole, en Islande ou quelque part ailleurs en Europe.
Nous ne regardions pas tous exactement la même éclipse, puisque chacun la voyait sous un angle différent.
Mais nous regardions tous la même Lune et le même Soleil.
Et pendant quelques minutes, cela suffisait largement à faire le spectacle. 🌞 🌒

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