Rochevilaine, quand une balade vous fait remonter le temps 🌊

Hier, je suis parti passer l’après-midi du côté de Damgan avec une amie qui m’a gentiment invité à la rejoindre. Une de ces escapades bretonnes que j’aime particulièrement : pas vraiment de programme, simplement l’envie de marcher, de profiter de la mer et de voir où nos pas allaient nous conduire.

Et justement, ils nous ont conduits jusqu’à Pen Lan, sur la commune de Billiers.

C’est là que je suis tombé sur un nom que je connaissais depuis longtemps sans jamais avoir vraiment découvert l’endroit : le Domaine de Rochevilaine.

Quelques photos plus tard, ma curiosité était piquée. Et en rentrant, j’ai voulu en savoir davantage.

Je ne pensais pas ouvrir une telle boîte à histoires !

UN DOMAINE POSÉ AU BOUT DE LA BRETAGNE

Rochevilaine occupe une situation assez incroyable, sur une pointe rocheuse dominant l’océan, à l’embouchure de la Vilaine.

Face à la mer, les bâtiments de pierre semblent avoir toujours été là. Manoirs, vieilles portes, murs épais, petites ouvertures, jardins… L’ensemble possède ce charme breton un peu austère qui devient immédiatement magnifique dès qu’on lui ajoute l’océan en arrière-plan.

On pourrait facilement imaginer que le domaine s’est construit ici tranquillement au fil des siècles.

Eh bien, pas tout à fait.

Et c’est justement là que l’histoire devient passionnante.

DES SIÈCLES D’HISTOIRE À PEN LAN

La pointe de Pen Lan est fréquentée depuis très longtemps. Elle se trouvait notamment sur l’ancienne route maritime de l’étain et son histoire est également liée à celle de l’abbaye de Prières, fondée au XIIIe siècle par Jean Ier, duc de Bretagne.

Le site conserve d’ailleurs les traces d’un ancien poste de guet.

Plus tard, la position stratégique de la pointe n’échappera pas non plus aux militaires. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Pen Lan est intégrée au dispositif du Mur de l’Atlantique, avec des installations défensives dont certaines traces subsistent encore.

Mais le Rochevilaine que l’on découvre aujourd’hui doit énormément à un homme : Henri Dresch.

UN HOMME QUI DÉPLAÇAIT DES MANOIRS !

Henri Dresch achète le site en 1952.

Ingénieur et industriel, il commence par restaurer une ancienne villa balnéaire avant d’y ouvrir une auberge quelques années plus tard.

Jusque-là, rien de complètement extravagant.

Mais Henri Dresch avait manifestement une conception assez personnelle de la rénovation.

Plutôt que de construire de faux bâtiments anciens, il décide d’en récupérer de vrais.

Deux manoirs bretons des XVe et XVIe siècles sont ainsi démontés, transportés puis reconstruits pierre après pierre à Rochevilaine.

Comme un gigantesque Lego breton, sauf qu’ici chaque pièce pèse probablement beaucoup plus lourd et qu’il vaut mieux éviter de perdre la notice de montage.

Il fait également installer un impressionnant porche médiéval du XIIIe siècle, aujourd’hui connu sous le nom de Portail de la Vérité.

Cela explique cette étrange sensation lorsque l’on découvre Rochevilaine : tout paraît incroyablement ancien.

Et ça l’est !

Simplement, toutes ces vieilles pierres n’ont pas toujours vécu ensemble.

DE L’AUBERGE AU RELAIS & CHÂTEAUX

Peu à peu, Rochevilaine devient une véritable institution.

En 1964, l’établissement rejoint les Relais de Campagne, qui deviendront par la suite Relais & Châteaux. Le Domaine est aujourd’hui présenté comme le plus ancien membre breton de l’association.

En 1997, Bertrand Jaquet reprend Rochevilaine et poursuit son développement tout en conservant cette identité si particulière.

Aujourd’hui, derrière les murs chargés d’histoire se cachent un hôtel haut de gamme, un restaurant gastronomique et un vaste spa marin.

Un drôle de contraste finalement.

À quelques mètres les uns des autres, on peut passer d’un portail du XIIIe siècle à un spa du XXIe.

Il faut reconnaître que la Bretagne sait parfois très bien gérer les raccourcis temporels.

ET MOI, JE N’ÉTAIS VENU QUE POUR ME PROMENER…

C’est peut-être ce que j’aime le plus dans ces escapades.

Partir sans nécessairement chercher quelque chose.

Hier après-midi, Rochevilaine n’était pas une destination programmée. C’était simplement un nom que je connaissais, aperçu au détour d’une promenade à Pen Lan.

J’ai sorti mon appareil, pris quelques photos parce que l’endroit était beau et nous avons poursuivi notre chemin, Pen Mur, Kervoyal, etc…

Ce n’est qu’ensuite que j’ai découvert ce qui se cachait derrière ces murs.

Des routes maritimes anciennes, une abbaye cistercienne, des siècles de surveillance de l’océan, deux manoirs déplacés pierre après pierre, un portail médiéval, les traces de la guerre et finalement l’un des établissements les plus singuliers de la côte bretonne.

Tout cela alors que j’étais simplement venu prendre l’air invité par une amie.

Comme quoi, il n’est pas toujours nécessaire de partir très loin pour voyager.

Parfois, il suffit de pousser jusqu’au bout d’une petite pointe bretonne, de regarder un peu mieux les vieilles pierres… et de se demander ce qu’elles ont à raconter. 🌊

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