Il y a un peu plus de deux ans, Simba est entré dans ma vie dans des circonstances que je n’oublierai jamais.
À l’époque, ce magnifique Maine Coon venait d’être victime d’un grave accident. Son corps était abîmé, avec de nombreuses fractures, et les soins vétérinaires qui l’attendaient étaient importants, longs et forcément coûteux.
Sa propriétaire avait fait un choix différent : elle ne souhaitait pas engager ces frais et Simba devait être euthanasié.
Je n’ai pas pu m’y résoudre.
Alors je l’ai adopté.
Ce qui devait être la fin de son histoire est devenu le début d’une autre.
Un corps qui garde les traces de son passé
Simba a subi plusieurs interventions. Il a notamment fallu lui retirer la tête fémorale à la suite des dégâts provoqués par son accident. Il s’en est remis, il a retrouvé une vie de chat et, lorsqu’on le voit aujourd’hui se promener dans la maison, réclamer son repas ou partir explorer les environs, on pourrait presque oublier ce qu’il a traversé.
Presque.
Car le corps, lui, n’oublie pas toujours.
Ces derniers jours, Simba s’est mis à boiter davantage. Je pensais d’abord à une petite blessure, peut-être une mauvaise réception après l’une de ses escapades. Avec lui, l’hypothèse n’avait rien d’extravagant : Monsieur aime les toits, les murs et les endroits où un chat raisonnable n’irait probablement pas.
Mais la réalité est différente.
Les séquelles de son accident sont toujours là. Simba présente déjà une arthrose importante pour son âge. Les anciennes fractures, les articulations qui ont été durement sollicitées et même des fragments osseux encore présents ont laissé des traces.
Et aujourd’hui, certaines de ces traces lui font mal.
Quand on adopte, on adopte aussi une histoire
Accueillir un animal accidenté, ce n’est pas seulement le sauver à un instant donné.
C’est accepter tout ce qui vient après.
Les opérations, les visites chez le vétérinaire, les inquiétudes lorsqu’il marche différemment, les traitements lorsqu’ils deviennent nécessaires et cette attention permanente aux petits changements que personne d’autre ne remarquerait forcément.
Un animal ne vous dit pas : « Aujourd’hui, j’ai davantage mal qu’hier. »
Il faut apprendre à le regarder.
Une façon différente de se lever, une hésitation avant de sauter, une boiterie après une longue sieste… Ces petits détails deviennent un langage.
Et lorsqu’on aime son animal, on finit par le parler couramment.

Le roi de la maison
Ceux qui me connaissent savent que Simba n’est pas exactement traité comme un simple animal domestique.
Disons que la hiérarchie de la maison est assez claire.
Il y a Simba.
Puis, assez loin derrière, il y a moi.
Et finalement, je crois que cela nous convient parfaitement à tous les deux.
Je le bichonne, je surveille son alimentation, son comportement, ses petites habitudes. Je m’inquiète probablement parfois un peu trop, mais après ce qu’il a vécu, difficile de faire autrement.
Et puis ce chat porte merveilleusement bien son nom.
Simba est véritablement le roi de la maison.
Un roi qui dort beaucoup, exige que le service de restauration soit ponctuel et considère manifestement que l’ensemble de la propriété lui appartient. Une monarchie absolue, en quelque sorte.
Une vie différente, pas une vie au rabais
Je sais aujourd’hui que son passé aura probablement des conséquences sur son avenir.
Son arthrose devra être prise en charge et surveillée. Il faudra adapter certaines choses au fil du temps et surtout faire en sorte que la douleur ne s’installe jamais comme quelque chose de « normal ».
Peut-être que Simba ne vivra pas aussi longtemps qu’un chat qui n’aurait jamais connu cet accident.
Je n’en sais rien.
Et finalement, je préfère ne pas compter les années qui pourraient manquer.
Je préfère regarder celles que nous avons.
Depuis plus de deux ans, Simba a connu les coussins moelleux, les gamelles bien remplies, les caresses, le jardin, les escapades nocturnes, les toits qu’il n’est évidemment pas censé fréquenter et cette maison dont il a pris possession avec une facilité assez déconcertante.
Il a surtout connu quelque chose qui, à un moment de son existence, n’était plus prévu pour lui : une suite.
On avait décidé que son histoire devait s’arrêter.
Elle continue.
Et tant qu’elle continuera, mon rôle sera assez simple : faire en sorte qu’il ait le moins mal possible, qu’il puisse rester autonome, curieux et heureux, et qu’il profite de cette seconde vie qu’il a si bien su s’approprier.
Sa vie sera peut-être plus courte, verdict du véto ce soir.
Mais s’il existe une manière de mesurer une vie autrement qu’en années, alors celle de Simba sera immense.


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