Close : l’amitié qui dérange

Hier soir, j’avais prévu de regarder un film. Un simple film. Deux heures plus tard, je me suis retrouvé les yeux humides devant le générique de fin, incapable d’éteindre immédiatement la télévision.

Ce film s’appelle Close.

Je ne vais pas vous raconter toute l’histoire. D’abord parce que ce serait dommage de vous priver de sa découverte. Ensuite parce que ce film ne se raconte pas vraiment. Il se ressent.

On y suit Léo et Rémi, deux garçons de treize ans dont l’amitié est d’une rare intensité. Ils sont inséparables. Ils rient ensemble, courent ensemble, partagent tout avec une simplicité désarmante. Une relation qui semble naturelle, évidente, presque lumineuse.

Puis arrive le regard des autres.

Une remarque. Un sourire en coin. Une question lancée sans réfléchir.

Et soudain, ce qui était naturel devient suspect.

C’est sans doute ce qui m’a le plus touché dans ce film. Pourquoi une amitié profonde entre deux garçons continue-t-elle à mettre certaines personnes mal à l’aise ? Pourquoi éprouve-t-on encore le besoin de mettre une étiquette sur des sentiments qui n’en demandent aucune ?

Le réalisateur ne donne jamais de réponse. Il ne juge personne. Il montre simplement comment le regard du groupe peut parfois devenir plus puissant que les sentiments eux-mêmes.

Le film laisse volontairement planer une part de mystère autour de la disparition de Rémi. On ne nous explique pas précisément ce qui s’est passé. Chacun est libre de son interprétation. Mais une chose est certaine : la souffrance de ce jeune garçon est intimement liée à cette rupture, à cet éloignement progressif provoqué par la pression sociale.

C’est peut-être pour cela que Close bouleverse autant.

Parce qu’il ne parle pas seulement de deux adolescents. Il parle de nous tous.

Des amitiés perdues. Des mots que nous n’avons pas osé dire. Des personnes auxquelles nous tenions et qui se sont éloignées sans véritable explication. Des moments où nous avons préféré nous conformer plutôt que rester fidèles à ce que nous ressentions.

La réalisation est magnifique. Les paysages flamands ressemblent parfois à des tableaux. Les champs de fleurs, la lumière, les silences, les regards. Tout est d’une délicatesse rare. Ici, pas de grands discours ni d’effets spectaculaires. Chaque émotion arrive sur la pointe des pieds.

Et pourtant, elle frappe en plein cœur.

Lorsque le générique est apparu hier soir, je suis resté quelques minutes sans bouger dans mon Bubble. Ce n’est pas si fréquent qu’un film me fasse cet effet.

Close est une œuvre pudique, sensible et profondément humaine. Un film qui rappelle qu’une belle amitié n’a pas besoin d’être justifiée, expliquée ou classée dans une case pour être précieuse.

Et peut-être qu’au fond, c’est justement ce message qui le rend si beau.

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