Je vais vous faire une confidence : l’idée même d’un monde sans Apple me paraît presque aussi étrange qu’un café sans caféine ou une Loire sans eau.

Depuis des années, j’utilise les produits de la marque, je développe exclusivement pour son écosystème et, comme beaucoup d’entre vous, j’attends chaque keynote avec une curiosité presque enfantine. Pourtant, ces derniers mois, une question me trotte dans la tête : à force de réglementer les géants du numérique, ne risque-t-on pas de fragiliser ceux qui innovent ?
Cette réflexion m’est revenue en pleine figure lors de la WWDC 2026. Effectivement, Apple me reconnaît désormais comme développeur, et je paie ma cotisation annuelle.
Apple y a présenté son nouveau Siri dopé à l’intelligence artificielle. Un Siri capable de comprendre le contexte de nos vies numériques, de retrouver une photo envoyée par un proche, de se souvenir d’une conversation ou encore d’agir entre différentes applications. Bref, le Siri que beaucoup d’entre nous attendaient depuis longtemps.
Sauf qu’en Europe, nous n’y aurons pas droit sur iPhone et iPad. Du moins pas pour l’instant.
Apple contre Bruxelles, Bruxelles contre Apple
Le sujet est complexe.
Apple affirme que certaines exigences du Digital Markets Act (DMA) l’empêchent de déployer Siri AI dans des conditions satisfaisantes de sécurité et de confidentialité. La firme explique avoir proposé plusieurs solutions techniques qui auraient été refusées par la Commission européenne.
De son côté, la Commission européenne répond que rien dans le DMA n’interdit le lancement de Siri AI et que c’est Apple qui a choisi de reporter son arrivée faute d’avoir proposé une solution conforme aux règles européennes.
Autrement dit, chacun renvoie la balle dans le camp adverse. Et au milieu du terrain, il y a nous.
Les utilisateurs européens.
Une inquiétude de passionné
Je suis le premier à reconnaître que les grandes entreprises doivent respecter des règles. Aucune société ne devrait être au-dessus des lois.
Mais je m’interroge lorsqu’une réglementation finit par priver les consommateurs d’innovations disponibles partout ailleurs dans le monde. Car au final, peu importe qui a raison juridiquement.
Le résultat est simple : un utilisateur américain bénéficiera du nouveau Siri alors qu’un utilisateur français, autrichien (hein mon Leon !) ou espagnol devra attendre sans savoir combien de temps.
C’est précisément pour cette raison que j’ai signé la pétition réclamant l’arrivée de Siri AI en Europe.
Non pas parce que je souhaite qu’Apple obtienne tous les droits. Mais parce que je souhaite que les Européens aient accès aux mêmes innovations que le reste du monde.
Le risque n’est pas la disparition d’Apple
Soyons réalistes. Apple ne va pas disparaître à cause du DMA.
Avec plus de deux milliards d’appareils actifs et une puissance financière colossale, l’entreprise possède les moyens de s’adapter à presque n’importe quel cadre réglementaire.
Le véritable risque est ailleurs.
À force d’empiler les contraintes des deux côtés de l’Atlantique, avec le DMA en Europe et des projets comme l’American Innovation and Choice Online Act (AICOA) aux États-Unis, certains craignent que les entreprises technologiques deviennent plus prudentes, plus lentes et moins enclines à prendre des risques.
L’innovation naît souvent de la liberté d’expérimenter.

Lorsqu’un ingénieur doit passer autant de temps à vérifier la conformité qu’à inventer le futur, on peut légitimement se demander si l’équilibre est encore le bon.
Ce que j’espère
Je ne rêve pas d’un Far West numérique sans règles.
Je ne rêve pas non plus d’un monde où quelques entreprises feraient ce qu’elles veulent.
J’espère simplement que les régulateurs et les acteurs technologiques finiront par trouver un terrain d’entente. Parce qu’au fond, ce qui m’intéresse n’est pas de savoir qui gagnera le bras de fer entre Apple et Bruxelles.
Ce qui m’intéresse, c’est de pouvoir demander un jour à Siri :
« Montre-moi les photos que Leon m’a envoyées cet hiver lors de son séjour en Suisse. »
Et que mon iPhone me réponde enfin sans avoir besoin de prendre un avion pour la Californie.
En attendant, je vais continuer à suivre cette histoire de près. Et comme beaucoup d’entre vous, à espérer que l’Europe ne devienne pas le continent où les innovations arrivent toujours après les autres.









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