Il suffit parfois d’un simple regard sur un vieux buggy poussiéreux pour que le cerveau fasse un bond de vingt ou trente ans en arrière. Chez certains, ce sont les albums photo. Chez moi, ce sont les Kyosho, les Tamiya et les Losi.
À une époque, les modèles réduits radiocommandés occupaient une place de choix dans ma vie. Et pas les petits gadgets en plastique achetés en grande surface non… Les vrais. Ceux qu’il fallait monter pièce par pièce avec une patience quasi monastique et quelques jurons très terrestres. D’ailleurs les magasins spécialisés ont presque disparu aujourd’hui. 🥵
Je me souviens encore des soirées passées à assembler un amortisseur pendant qu’une minuscule vis décidait soudainement de disparaître dans la moquette. Une vis capable de ruiner une soirée entière et de faire ramper un père de famille à quatre pattes sous un canapé avec une lampe torche. Une époque héroïque.
Au départ, je montais tout moi-même. Et là, autant être honnête, il fallait parfois la semaine complète. Entre les différentiels, les biellettes, les réglages de suspension et le fameux moment où il restait “mystérieusement” trois pièces sur la table alors que tout semblait terminé… c’était presque un diplôme d’ingénieur avant l’heure.
Puis, avec le temps, j’ai commencé à en acheter déjà montés. Sans doute l’âge. Ou la sagesse. Ou simplement l’envie de rouler avant la retraite.
Dans notre ancienne maison, la pelouse devenait un véritable circuit de rallye. La tondeuse dessinait naturellement des trajectoires au milieu de l’herbe plus haute. Avec les enfants, on improvisait des Grand Prix dignes du Paris-Dakar… à l’échelle 1/10e. Les virages étaient serrés, les tonneaux fréquents, et les rosiers servaient parfois de zones de sécurité très approximatives.
Le plus extraordinaire, finalement, ce n’était pas les performances de ces petites machines. C’était ce qu’elles créaient autour d’elles.
Des après-midi entiers de rires.
Des batteries qu’on rechargeait en catastrophe.
Des pneus usés jusqu’à la corde.
Et cette incroyable capacité qu’avaient ces petits buggys à faire oublier le temps qui passe.
Aujourd’hui, une dizaine de ces reliques dorment dans le cellier. Certaines mériteraient un bon nettoyage. D’autres probablement un miracle électronique. Mais elles sont toujours là. Fidèles au poste. Comme des capsules temporelles remplies de souvenirs.
Et je me dis qu’il va vraiment falloir que je m’en occupe avec mon petit-fils.
Parce qu’au fond, entre un vieux buggy Kyosho et une Apple Watch Ultra, il y a peut-être moins de différence qu’on ne le croit. Dans les deux cas, ce sont des objets capables de déclencher cette petite étincelle d’enfant émerveillé.
Et franchement… ça vaut bien quelques batteries NiMH oubliées au fond d’un tiroir. 😜

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