Il y a des artistes dont on connaît le nom. Et puis il y a ceux dont on reconnaît instantanément le travail, sans forcément savoir qui se cache derrière.
Michel Bassompierre faisait partie de cette seconde catégorie. Et c’est peut-être encore plus beau.
En début de semaine, ce sculpteur animalier mondialement reconnu s’est éteint à Nantes, à l’âge de 78 ans. Une disparition discrète, à l’image de l’homme, mais qui laisse un vide bien réel dans le paysage artistique… et, osons le dire, dans notre petit coin de Loire-Atlantique.
Installé depuis de nombreuses années près de chez nous, du côté de Vertou, Michel Bassompierre avait choisi une vie à l’écart des projecteurs. Pas de grandes déclarations, pas d’esbroufe. Juste un atelier, du silence, et une relation presque intime avec ses sujets de prédilection : les animaux.
Car Bassompierre ne sculptait pas simplement des formes. Il sculptait des présences.
Ses ours, ses gorilles, ses éléphants ou encore ses chevaux semblent toujours à mi-chemin entre la puissance et l’apaisement. Des silhouettes rondes, épurées, presque évidentes, qui dégagent une sérénité étonnante. On pourrait croire à une simplification… c’est en réalité tout l’inverse. Derrière cette douceur se cache une connaissance très fine de l’anatomie animale, acquise dès ses années de formation aux Beaux-Arts.
Il avait ce talent rare de rendre la force accessible, presque rassurante. Un ours signé Bassompierre n’impressionne pas. Il apaise. Et ça, dans le monde d’aujourd’hui, c’est presque une prouesse.
Son travail a voyagé bien au-delà de nos frontières. Expositions internationales, collections privées, commandes publiques… ses sculptures ont trouvé leur place dans de nombreux pays. Mais malgré cette reconnaissance, il était resté fidèle à sa région, à son rythme, à une certaine idée de la création.
Et puis, il y a ce souvenir tout récent, presque intime.
À la fin de l’année 2024, ses œuvres avaient pris leurs quartiers à Vertou, la commune où je vis. Pendant quelques mois, ses animaux se sont invités dans notre quotidien. On les croisait au détour d’une promenade, presque comme s’ils avaient toujours été là. Une présence silencieuse, apaisante… et aujourd’hui, forcément, un peu plus précieuse encore.
Ce qui frappe, quand on découvre son parcours, c’est aussi l’engagement discret qui l’accompagnait. À travers ses œuvres, il ne cherchait pas seulement à représenter les animaux, mais aussi à rappeler leur fragilité, leur beauté, et la nécessité de les préserver. Une forme d’écologie silencieuse, sans slogan, mais terriblement efficace.
Alors oui, Michel Bassompierre s’en est allé. Mais ses sculptures, elles, sont toujours là. Posées dans un jardin, au détour d’une exposition, ou quelque part dans le monde, elles continuent de raconter cette étrange alliance entre la force et la douceur.
Et au fond, c’est peut-être ça, la vraie signature d’un artiste : quand son œuvre continue de respirer, même en son absence.
Un ours en bronze, immobile… mais étrangement vivant.




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