Le 24 novembre dernier, plein de confiance et un brin nostalgique, je commande comme en 2023 deux polaires sur le site d’une PME française que je connais depuis longtemps : Moura.
Un joli cadeau pour Noël, pas pour moi mais pour ma petite famille. 
Moura, pour les plus jeunes, c’est un peu la madeleine de Proust version textile. La première entreprise artisanale à faire de la polaire française. Solide, chaude, indestructible. Chez moi, toute la famille en a porté pendant des années. Autant dire que cliquer sur “commander” relevait presque du geste citoyen.
Premier détail étrange : pas de paiement en ligne. Tiens, curieux.
Je m’étonne, j’envoie un e-mail. Silence radio.
Je téléphone. Messagerie.
Les jours passent. Puis les semaines.
Ma commande entre dans une sorte de trou noir administratif. Une polaire de Schrödinger commandée mais inexistante.
Et puis ce matin, 14 décembre, enfin, un courriel. Un message qui laisse sans voix. Une livraison éventuelle en février 2026…
Pas de facture. Pas de suivi. Pas d’excuse bien huilée. Juste cette impression glaciale que quelque chose ne va pas… et depuis un moment déjà.
Alors oui, évidemment, on n’est pas sur Amazon. Pas de chatbot qui vous répond en 0,3 seconde. Pas de livraison le lendemain avant 13 h avec un sourire en option. Mais quand même… un minimum de réponse humaine, ce serait déjà du luxe. Et c’est là que le constat devient moins drôle.
On adore nos PME françaises.
On les applaudit dans les discours.
On les met en avant dans les reportages.
On jure la main sur le cœur qu’il faut consommer local, responsable, durable.
Mais sur le terrain, beaucoup sont à bout de souffle (Le Slip Français). Sous-capitalisées. Mal équipées numériquement. Écrasées par les charges. Et parfois tout simplement épuisées.
Résultat : des sites d’un autre temps qui fonctionnent à moitié, des commandes qui se perdent, des clients fidèles qui s’inquiètent et des entreprises qui s’éteignent doucement, dans un silence poli.
Ce qui est triste, ce n’est pas tant ma polaire fantôme, c’est ce qu’elle symbolise. Une entreprise artisanale, pionnière, respectée, qui semble aujourd’hui lutter pour rester à flot. Et ça, franchement, ça fait plus froid que l’hiver qui arrive. Alors oui, Amazon est efficace. Mais Amazon ne raconte pas d’histoire.
Une PME française, si. Encore faut-il qu’elle puisse continuer à l’écrire. En attendant, je garde espoir. Peut-être que mes polaires réapparaîtront. Peut-être que Moura retrouvera un second souffle. Et peut-être aussi que, collectivement, on finira par se demander sérieusement comment on protège celles et ceux qui fabriquent encore avec leurs mains, leur cœur… et beaucoup de courage. Parce qu’au fond, une PME française qui disparaît, ce n’est pas juste une commande annulée. C’est un petit morceau de notre quotidien qui s’effiloche.
Du coup, j’ai commandé autre chose, ailleurs, des vêtements européens, mais pas « made in France ». Snif !

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