La première année de ma retraite touche déjà presque à sa fin, et je ne sais pas si c’est l’âge, la liberté nouvelle ou simplement la vie qui fait son petit tri naturel, mais j’ai passé onze mois à faire ce que je repoussais depuis longtemps. Me retrouver. Me regarder vraiment. Et accepter d’aller voir ce qui clochait ici ou là.
On pourrait dire que j’ai fait le grand ménage de printemps à un moment où les autres décorent le sapin. Certains amis sont partis du tableau… ou plutôt, j’ai retiré moi-même leur cadre du mur. Pas par colère, mais par lucidité. Je me suis aperçu que certaines présences ne me faisaient plus de bien. Que certaines relations fonctionnaient sur l’habitude plus que sur la sincérité. Et comme j’ai le cœur tendre, parfois trop tendre, je collecte les blessures comme d’autres ramassent des galets sur la plage.
Un ami m’a dit récemment que je devrais voir un psy. À brûle-pourpoint, ça surprend toujours un peu. Puis, en y réfléchissant, je me suis dit que la remarque n’était pas idiote. Parler aide. Mettre des mots sur ce qui trotte dans la tête jour et nuit, ça allège. Pas question d’aller s’allonger sur un divan en cuir façon film américain, mais admettre qu’un œil extérieur peut faire du bien, ça demande déjà un certain courage. Je ne sais pas encore si j’irai, mais j’ai commencé à travailler sur moi. Tout doucement, mais sûrement.
Ce qui m’inquiète un peu, c’est l’idée de me détacher des gens pour aller mieux… et de finir par me replier sur moi-même. L’équilibre est fragile. J’aimerais garder cette curiosité pour les autres, cet enthousiasme sincère, ce lien qui me relie au monde. Prendre du recul, oui. Me couper de tout, non merci.
Alors j’apprends. J’avance. Je réajuste. Une sorte de chantier intérieur, sans casque obligatoire, mais avec beaucoup de patience. Et au fond, je crois que cette première année de retraite m’a surtout offert un nouveau départ. Une page blanche. Une respiration longue et profonde. Et la promesse que les vingt prochaines années pourraient être encore plus douces, plus justes, plus alignées avec qui je suis vraiment.
C’est fragile, c’est mouvant, c’est imparfait. Mais c’est vivant. Et c’est ça qui compte.

Le divan


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