L’heure est grave. Pauvre France, je ne te reconnais plus.

Hier soir, devant ma télévision, j’ai ressenti quelque chose que je n’aime pas ressentir : de la peur. Et beaucoup de tristesse.

Des vitrines fracassées, des magasins dévalisés, des rues transformées en scènes de violence. Des Apple Store attaqués, des Fnac pillées, des commerçants qui découvrent les dégâts.

À Lille, Bordeaux, Nantes, Paris, Lyon et ailleurs, les images se succèdent. Et je reste là, devant mon écran, à me demander ce qui arrive à notre pays.

Je sais bien qu’un Apple Store n’est qu’un magasin. Mais derrière chaque vitrine brisée, il y a des salariés, des commerçants, des gens qui travaillent et qui n’ont rien demandé à personne.

Pauvre France, je ne te reconnais plus.

Manifester, oui. Détruire, jamais.

Je n’ai jamais été opposé à la contestation. La jeunesse doit pouvoir s’exprimer, défendre ses convictions et même bousculer nos certitudes.

Mais depuis quand manifester donne-t-il le droit de voler un téléphone, de saccager une boutique ou de s’en prendre à ceux qui tentent simplement de faire leur travail ?

Quel rapport entre la défense du pouvoir d’achat et le pillage d’un Apple Store ?

Aucun.

Et c’est ça qui me choque le plus. Cette impression que certains profitent du désordre pour se servir, casser et repartir comme si tout leur était dû.

Je sais que la grande majorité des manifestants ne participe pas à ces violences. Je ne veux surtout pas mettre tout le monde dans le même panier.

Mais les images d’hier soir restent insupportables.

Et les parents, dans tout cela ?

Je vais probablement déranger quelques personnes avec ce que je vais écrire.

Tant pis.

Je me demande parfois si certains parents n’ont pas abandonné une partie de leur rôle.

À force de vouloir être aimés de leurs enfants, de ne jamais les contrarier, de leur éviter la moindre frustration, certains semblent avoir oublié une chose essentielle : éduquer, c’est aussi savoir dire non.

J’ai trois enfants. Je n’ai pas été un père parfait car malheureusement, je n’ai pas pu les élever comme convenu, et je ne prétends certainement pas détenir la recette miracle.

Mais j’ai toujours pensé qu’aimer un enfant ne consistait pas à lui donner systématiquement raison.

Le respect, la responsabilité, les limites, cela s’apprend. Et cela commence à la maison.

Bien sûr, les parents ne sont pas responsables de tous les actes de leurs enfants. Et la violence a des causes bien plus complexes qu’une simple question d’éducation.

Mais je refuse de croire que la famille n’a plus aucun rôle à jouer.

Une jeunesse perdue ?

Je regarde ces jeunes et je m’interroge.

Que cherchent-ils exactement ? Une cause à défendre ? Une reconnaissance ? Une manière d’exister ? Ou simplement l’occasion de repartir avec ce qu’ils n’ont pas les moyens de s’offrir ?

Je n’ai pas toutes les réponses.

Je sais seulement qu’une société dans laquelle certains considèrent la violence comme un moyen ordinaire de s’exprimer est une société qui doit s’interroger sérieusement.

Et je pense aussi à tous ces jeunes qui travaillent, étudient, créent, entreprennent et construisent leur avenir avec courage.

Ceux-là existent. Ils sont nombreux.

Mais malheureusement, ce ne sont pas eux que l’on voit le plus souvent à la télévision.

Je ne veux pas devenir un vieux monsieur qui regrette le passé

À 66 ans, je pourrais facilement dire que tout était mieux avant. Avouez que c’est un peu à la mode.

Mais ce serait faux.

J’aime mon époque. J’aime les technologies, les découvertes, la liberté de penser, (heu… presque) cette formidable capacité qu’a notre monde à se réinventer.

Je ne rêve pas d’un retour en arrière.

Je rêve simplement d’un pays où l’on puisse exprimer sa colère sans détruire, où les parents osent encore être parents et où le respect ne soit pas considéré comme une valeur dépassée.

Hier soir, j’ai eu peur. Pas seulement devant les images des magasins pillés. J’ai eu peur de ce qu’elles racontent de notre société, de ses fractures et de son avenir.

L’heure est grave.

Et je crois qu’il serait dangereux de considérer ces événements comme une simple journée de violences de plus.

Parce qu’à force de s’habituer à l’inacceptable, on finit par ne plus s’indigner de rien.

Et cela, je m’y refuse. Je veux encore croire en notre jeunesse. Je veux encore croire en notre pays. Mais aujourd’hui, je suis inquiet. Profondément inquiet.

Et vous, lorsque vous avez découvert ces images, qu’avez-vous ressenti ?

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