Et si nous avions peur les uns des autres ?

J’avoue que certains faits divers me bouleversent davantage que d’autres.

Cette semaine, j’ai découvert l’histoire de cette femme de 86 ans tuée au Grau-du-Roi. Un drame terrible. Plus terrible encore lorsqu’on apprend que le principal suspect est un adolescent de 15 ans.

Ma première réaction a été très simple.

J’ai pensé à mes propres promenades.

Depuis plusieurs semaines, je passe une bonne partie de mon temps libre à tester Loopa Move, l’application que je développe pour la marche, la course, la randonnée et le vélo. Cela m’amène à parcourir les chemins autour de chez moi presque tous les jours. Le matin lorsque la nature s’éveille doucement. Le soir lorsque les rues se vident peu à peu et que la lumière devient plus douce.

Un chemin dans un endroit isolé à Vertou

À force de tester de nouveaux parcours, je me retrouve parfois dans des endroits isolés, sur des chemins que je n’aurais probablement jamais empruntés autrement. C’est d’ailleurs l’un des plaisirs de l’application : découvrir son environnement sous un autre angle.

Mais en lisant ce fait divers, je dois reconnaître qu’une pensée peu agréable m’a traversé l’esprit.

Et si cela m’arrivait ?

Et si, au détour d’un chemin, je croisais une personne mal intentionnée ?

Je crois que nous avons tous ce réflexe lorsque nous découvrons une histoire aussi violente. Pendant quelques instants, nous cessons de regarder un événement lointain pour l’imaginer dans notre propre quotidien.

Puis la raison a repris le dessus.

Car si l’on écoute les chaînes d’information en continu, nous vivons dans un pays où l’on risque sa vie à chaque coin de rue. Pourtant, la réalité est plus complexe. Les crimes aussi atroces soient-ils restent heureusement exceptionnels.

Le problème, c’est que l’exception marque davantage les esprits que l’ordinaire.

Personne ne fait la une des journaux pour raconter qu’il a croisé vingt personnes aimables dans la journée. En revanche, un acte de barbarie suffit à occuper nos conversations pendant des semaines.

Alors que penser ?

Certains accusent immédiatement la génération Z. D’autres pointent du doigt les réseaux sociaux, les jeux vidéo, l’éducation, les parents, l’école ou la société tout entière.

La vérité est probablement moins confortable.

Chaque époque a connu ses drames. Chaque génération a produit ses voyous, ses délinquants et parfois ses criminels. La différence aujourd’hui, c’est que l’information voyage à la vitesse de la lumière et s’invite dans nos salons quelques minutes après les faits.

Pour autant, je ne crois pas que tout soit parfaitement normal.

Il suffit d’observer autour de soi pour constater que beaucoup de jeunes grandissent dans un environnement inédit. Ils vivent sous le regard permanent des réseaux sociaux. Ils sont exposés à des contenus parfois violents, parfois absurdes, souvent anxiogènes. Ils évoluent dans un monde qui leur demande d’être performants, visibles, intéressants et heureux presque en permanence.

À leur âge, mon principal problème consistait à savoir si mon vélo survivrait à la prochaine descente et si mon lance-pierre avait une gomme suffisamment solide pour continuer à dégommer les bouteilles de Coca. Les temps ont changé.

Cela n’excuse rien. Cela n’explique pas tout. Mais cela mérite sans doute que l’on s’interroge.

Et puis il y a une autre question.

À force d’entendre parler de violence, ne risquons-nous pas de devenir méfiants envers tout le monde ?

Je refuse cette idée.

Je refuse de regarder chaque adolescent avec inquiétude lorsque je croise un groupe dans la rue. Je refuse de renoncer à mes balades matinales ou à mes essais de Loopa Move parce qu’un crime horrible s’est produit quelque part en France.

D’ailleurs, si je devais m’arrêter à chaque risque potentiel, je pourrais aussi renoncer à prendre la voiture, à traverser une rue ou à monter sur une échelle pour tailler une haie. La vie ne vient malheureusement avec aucune garantie.

La peur est une mauvaise conseillère. Elle finit toujours par nous voler un morceau de liberté.

Alors oui, je continuerai à marcher. Je continuerai à découvrir de nouveaux chemins. Je continuerai à tester Loopa Move au lever du soleil ou à la tombée du jour. Et je continuerai à faire confiance à la majorité silencieuse des gens ordinaires.

Parce qu’au fond, malgré les gros titres et les alertes sur nos téléphones, le monde est encore rempli de personnes bienveillantes.

Fort heureusement.

Sinon, même Simba finirait par se méfier du facteur.

Et là, nous serions vraiment face à une crise nationale.

PS : en écrivant ce billet, j’ai une pensée toute particulière pour cette vieille dame qui a perdu la vie dans des conditions aussi atroces. 😖

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